La quête d'équité d'une femme ouïghoure : Entretien avec Dilnur Reyhan

24 décembre 2019 à 07h53 - 4570 vues

Entretien avec Dilnur Reyhan, présidente de l'Institut Ouïghour d'Europe, et directrice de publication de la revue bilingue «Regard sur les Ouïghour-e-s».


 

 

Entretien avec Dilnur Reyhan, présidente de l'Institut Ouïghour d'Europe, pour actualite-news.com et Radio Made in Turkey (Radio MIT)

 

Avec la directrice de publication de la revue bilingue «Regard sur les Ouïghour-e-s», nous parcourons au fil des questions, quelques moments marquants de la vie d'une femme ouïghoure mais aussi de l'histoire de ce peuple en quête d'avenir.

actualite-news et Radio MIT (AN) : Dilnur Reyhan, merci d'avoir accepté de partager avec nous vos sentiments, vos pensées, à propos de votre chemin de vie en tant que femme ouïghoure dans une Chine trop souvent xénophobe, et à propos de la violente répression de l'État chinois qui a semblé avoir décidé d'éradiquer le peuple ouïghour, sa langue et sa culture.

Dilnur Reyhan (DR) : Merci à vous pour relayer tout cela.

 

AN : Vous êtes présidente de l'Institut Ouïghour d'Europe (IODE) ; nous reparlerons de votre association bien sûr mais tout d'abord, voulez-vous vous présenter ?

DR : Je m'appelle Dilnur Reyhan, je suis une Ouïghoure née en Région ouïghoure où j'ai grandi.

 

AN : Le Xinjiang ?

DR : J’utilise dans mes articles, le terme « Région ouïghoure » que le « Xinjiang », car ce dernier est un terme colonial qui signifie « Nouveau territoire/nouvelle frontière » en chinois. De plus, le nom « Région ouïghoure » correspond aussi au nom officiel complet de notre région qui est de « Région autonome ouïghoure du Xinjiang ». Dans la diaspora, les Ouïghours préfèrent utiliser « Turkestan oriental » qui est le nom de deux républiques indépendantes du pays ouïghour avant son annexion par la Chine communiste en 1949.

 

AN : Vous êtes docteure en sociologie, enseignante à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO), vous continuez vos recherches à Paris. Avant cela vous aviez fait des études en Région ouïghoure et en Chine. Pourquoi n'êtes-vous pas restée enseigner dans votre pays ?

DR : Assez récemment, les médias européens et américains ont commencé à relayer avec une plus grande régularité, les souffrances des Ouïghours et la violente politique de l'État chinois visant à nous assimiler et à éradiquer la pratique de notre langue et de notre culture, et de notre religion, à parler des 1400 camps d'internement, et des 1,5 millions à 3 millions d'Ouïghours et d'Ouïghoures prisonniers dans toute la région ouïghoure, à parler un peu de notre exode en masse avant cela ; mais cette répression n'est pas nouvelle, elle s'est intensifiée et a pris une tournure catastrophique à peu près autour de la fin 2016, mais la répression chinoise sur la région autonome ouïghoure couplée de sa politique de sinisation, est une constante de la République populaire de Chine, dès sa fondation.

Alors qu'en 1950, les Ouïghours constituaient 4/5 de la population de la Région Ouïghoure et les Chinois seulement 4%, en 2010 seulement 45% de la population de la région était ouïghour alors que 42% était constitué de Chinois. 2016- 2017 marquent la fin de la majorité ouïhgoure dans la région. Entre 2015 et 2018, le taux croissance démographique ouïghour a chuté de 84%.

Lorsqu'à la fin 2004, j'avais décidé de quitter la région et la Chine pour la France, j'avais déjà essuyé de nombreux refus pour de nombreux postes. La discrimination ethnique ou religieuse à l'emploi n'est pas un fait nouveau en Chine. Il a de tout temps été extrêmement difficile pour toute personne non chinoise d'accéder aux postes qu'elle mérite, que ce soit dans le secteur public comme dans le secteur privé. Si vous êtes Ouïghour, et en plus, vous êtes une femme, alors vos chances d'accéder à un emploi que vous méritez, sont quasiment réduites à néant. Je me souviens très bien sur les annonces d'emploi, les précisions, apportées, publiques, non dissimulées, disant "uniquement Chinois", "uniquement masculin", ou "uniquement études entières en chinois", ce qui voulait dire qu'un Ouïghour (qui a fait ses études secondaires en ouïghour) était éliminé d'office et qu'une Ouïghoure ne pouvait même pas en rêver.

Je me souviens, je crois que c'était en 2003, à la suite de mes études, j'avais candidaté pour un poste de professeure à l'Université Normale du Xinjiang. Le doyen, chinois, de la Faculté d'Éducation pour nouvelles technologies voulait me recruter, mais la décision appartenait au directeur de l'Institut d'Éducation, lui aussi chinois. Alors, le doyen a programmé une réunion à trois. Le directeur de l'institut est entré, il m'a regardée, il ne savait pas mon nom, il s'est mis en colère déclarant : "On avait dit qu'on ne recrutait pas d'Ouïghours", puis de quitter la salle immédiatement. Le doyen était tout rouge. Je pouvais lire sa désolation sur son visage. Il ne pouvait rien y faire.

C'est dans ce contexte-là que j'ai dû quitter mon pays pour l'Europe, et beaucoup d'autres avant moi et après moi.

 

AN : Vous dites donc qu'il y a eu différentes vagues d'ouverture à l'extérieur pour la Région ouïghoure et différentes vagues de migration ?

DR : En effet, avec la fin du système soviétique en Russie et l'indépendance des États turcs d'Asie centrale, au début des années 1990 ont commencé les échanges commerciaux avec ces pays et l'intensification des échanges et des voyages entre la Région ouïghoure et l'Asie centrale ; ce qui a aussi pendant un certain temps permis de redécouvrir les liens historiques qui nous attachent aux autres peuples turciques et de renouer avec eux.

Des petites entreprises ouïghoures ont pu se former, et avec certaines limites, employer des personnes, mais cela n'était pas suffisant; la discrimination à l'emploi était à son apogée au début des années 2000, lorsque l'État chinois a autorisé les jeunes Ouïghours à quitter le pays pour migrer (étudier) vers (en) l'Occident.

 

AN : Avant de passer à l'évolution des choses au cours de la décennie passée et d'aborder les motivations qui vous ont poussée à fonder l'Institut Ouïghour d'Europe, revenons une seconde à la question de l'Islam et du problème du terrorisme dit "islamiste" en Chine. Quelle est sa part de réalité ? Quelle a été la part des pays du Moyen-Orient tels que l'Arabie Saoudite dans la diffusion d'une certaine forme d'Islam aux dépens d'une autre ?

DR : L'Asie centrale était pendant deux siècles sous influence partagée russe et chinoise et la religion musulmane y a toujours été très réprimée par ces deux États communistes.

Après la chute de l'URSS et de l’ouverture des frontières de la Région ouïghoure, toute l'Asie centrale a reçu des influences des courants islamiques Saoudiens et autres prêcheurs du Moyen-Orient venus pour influencer les pays libérés du communisme.

L'État chinois à partir d'environ 1990, jusqu’en 2016, a envoyé des jeunes Ouïghours étudier l'islamologie dans trois pays principaux qui représentent trois courants radicalement différents de l’Islam tels que l’Arabie saoudite, en Iran, en Égypte, avec des bourses de l'État chinois, aucun étudiant n'a été envoyé en Turquie ou l'islam enseigné est raisonnable, beaucoup moins extrême.

Après 5 ans d'études dans ces pays ils sont revenus en Région ouïghoure et sont devenus imams dans des mosquées ou professeurs dans l’institut islamique (note : il n’y a qu’un seul institut islamique en Région ouïghoure) de l'État, ils ont répandu ces versions altérées de l'Islam, très différentes de l'Islam traditionnellement enseignée chez les Ouïghours.

La société ouïghoure a commencé à se diviser dans la pratique avec ces trois pays différents come sources d'apprentissage.

Ces jeunes théologiens qui sont revenus de ces trois pays qui représentent des courants radicalement opposés de l’Islam où ils sont formés, souvent avec la bourse gouvernementale chinoise, ont prêché les différentes pratiques de l’Islam qu’ils ont apprises. S’il y a la radicalisation dans la pratique de l’Islam dans la société ouïghoure depuis les années 2000, c’est d’une part, un phénomène général dans toute l’Asie centrale post-communiste et d’autre part, avec la grande contribution de l’Etat chinois en envoyant des jeunes ouïghours dans des pays qui ne sont pas connus pour leur souplesse en matière de pratique religieuse.

Dans l'histoire récente de la Région ouïghoure, il y a toujours eu des révoltes, des insurrections, des rebellions, ouïghoures contre l'État central et le Parti communiste chinois (PCC), contre la discrimination incessante, contre les injustices quotidiennes, mais jamais avec une couleur religieuse mais plutôt nationale ou nationaliste.

Cette couleur religieuse est imposée par l’État chinois surtout à partir du 11 septembre 2001, des suites des attentats aux États-Unis. Le terme de "séparatisme" employé jusqu’à là, par les autorités a été remplacé par celui de "terrorisme".

 

AN : Puis est arrivé Xi Jinping et le projet "One Belt One Road" visant a étendre l'influence et le commerce chinois dans le monde.

DR : En effet, mais tout d'abord signalons que la Région ouïghoure est frontalière de huit pays différents et elle est la région la plus vaste de la chine, elle représente un sixième de sa superficie. En plus de cela elle regorge de ressources primaires importantes, notamment hydrocarbures, pétrole, charbon, coton... La Région ouïghoure est également la porte d'ouverture de la Chine vers l'Eurasie et l'Occident.

 

AN : Autrement dit, sans la soumission totale de la Région ouïghoure, le projet One Belt One Road, le plus grand projet économique et géopolitique chinois du siècle (et peut-être de son histoire) est impossible à réaliser ?

DR : Tout à fait. Avec l'arrivée officielle au pouvoir de Xi Jinping en début 2013, la répression chinoise sur la Région ouïghoure s'est intensifiée. Les Ouïghours pour Xi sont un obstacle ; soient ils doivent être parfaitement assimilés à la culture chinoise, soit ils doivent disparaître.

Pour comprendre les objectifs de Xi Jinping en Région ouïghoure, il suffit de regarder qui il a décidé de nommer comme nouveau secrétaire général, ou autrement dit comme gouverneur, à la tête de la région autonome, en septembre 2016 : Chen Quanguo, l'homme qui a dirigé la région du Tibet pendant les 5 années précédentes d'une poigne de fer. Chen a réitéré et poussé à l'extrême les méthodes répressives qu'il avait employées au Tibet. Chen est celui qui a créé les 1400 camps de concentration chinois pour Ouïghours où y sont enfermés entre 1,5 à 3 millions de personnes pour leur appartenance à un groupe ethnique et/ou religieux, à partir de la fin 2016, début 2017.

 

AN : Ces fameux camps de détention, ou de formation selon les autorités chinoises, de quoi s'agit-il ?

DR : Il s'agit de plus de 1000 camps de concentration sur le territoire ouïghour où sont détenus, selon les estimations, entre un million et demi et trois millions de Ouïghours, et autres minorités turciques, mais aussi un nombre extrêmement faible des Hui qui sont les Musulmans chinois.

Ces détenus ont entre 13 et 90 ans, hommes et femmes.

Parmi les détenus, il y a une génération qui attire particulièrement l'attention des autorités chinoises, celle née dans les années 1980 et 1990, qualifiée de "génération dangereuse",

Ce que les rescapés de ces camps nous racontent est terrifiant. Précisons par cette occasion que ces rescapés sont presque tous de nationalités étrangères, notamment des Kazakhs. Il n'y a presque pas de Ouïghour de nationalité chinoise dans la diaspora qui a pu s'échapper de ces prisons où ils subissent un lavage de cerveau quotidien et des tortures de toutes sortes.

 

AN : Qu'est-ce que voulez dire par lavage de cerveau, et par torture, concrètement ?

DR : Des personnes qui se sont échappées de ces camps, peu osent encore parler. Elles ont subi un lavage de cerveau et des tortures psychologiques, des atteintes profondes à leur dignité. Les prisonniers se lèvent tôt le matin et doivent se soumettre à la cérémonie de lever du drapeau chinois avec des chants à la gloire de la Chine, du parti communiste mais surtout de Xi jinping. Toute la journée ils doivent écouter les discours de Xi, apprendre des chants nationalistes chinois par cœur...

Les détenus sont obligés de vanter la gloire de la Chine et de Xi pour être autorisés à manger. S'ils n'apprennent pas toutes les chansons, tous ces discours, les textes de lois... etc., s'ils ne répondent pas aux questions de la façon exigée, dans une durée donnée, ils sont soumis à différentes sortes de tortures.

Il faut noter que les prisonniers ne sortent de leurs cellules que pour les interrogatoires et la torture. Il est, bien sûr, interdit de parler ouïghour; ceux et celles qui ne respectent pas la règle, subissent des tortures physiques. Ils doivent également nier leur identité ouïghoure et/ou musulmane, trouver ou inventer des « fautes » ou « crimes » qu’ils auraient commis dans leur vie (comme par exemple, d’avoir prié, d’avoir porté la barbe ou le foulard, d’avoir lu un roman ouïghour supposé nationaliste, d’avoir utilisé une application étrangère, d’avoir eu pensé nationaliste …) et s’autocritiquer et exprimer leur gratitude envers la Chine, le PCC et le président Xi.

Parmi les tortures souvent citées par les rescapés, il y a par exemple la méthode assez répandue en Chine, de la "chaise du tigre", où les détenus sont enchaînés des pieds, avec les mains menottées sur une petite chaise en fer sur laquelle la victime est immobilisée durant des heures, voir des jours. Ils sont soumis à des sévices physiques et psychologiques pendant 24 heures sans boire ni manger. Les souffrances, la fatigue physique, de ces personnes torturées n'améliorent certainement pas leurs performances. Beaucoup de personnes physiquement fragiles meurent dans des conditions atroces de détention.

Toutes les femmes rescapées de ces camps témoignent de stérilisation forcée par injection, et d’autres de viols. Une rescapée raconte par exemple que pour être sûr que les prisonnières ne cachent pas de texte coranique sur elles, elles sont fouillées jusqu'à dans leurs parties génitales. Elles témoignent également d'humiliations sexuelles et d'avortement forcés.

Toutes les personnes faibles physiquement, les personnes malades ou âgées meurent dans d'atroces conditions du fait de l'absence de traitement médical et de médicaments. Ces personnes souffrant de nombreuses difficultés de santé sont également soumises à des tortures pour ne pas répondre par leurs performances aux exigences des autorités. Très souvent, elles décèdent du fait de ces tortures ou de cette négation de soins médicaux.

Les élites ouïghoures, font partie des plus grandes victimes de ce système fasciste. Les professeurs, académiciens, écrivains, artistes célèbres, homme femmes d'affaires, les footballeurs, les bloggeurs, les journalistes, les érudits religieux, presque tous sont dans ces camps.

Il y tous ces gens embastillées pour avoir montré un des "75 signes de radicalisation", tels que porter une barbe, porter le voile, ne pas boire d'alcool, faire sa prière à la maison ou à la mosquée, dire des mots à connotation religieuse comme "bismillah", "salam aleikoum", utiliser des applications étrangères telles que Whatsapp, Youtube ou le VPN, avoir des photos à thématique religieuse ou nationaliste comme le drapeau de la Turquie sur son mobile, avoir beaucoup de livres chez soi alors qu'on n'est pas professeur, ne pas fumer, se rebeller contre un fonctionnaire de l'État, avoir trop de nourriture à la maison, ne pas regarder la télévision d’État... tout peut être désigné comme extrémisme religieux ou séparatisme.

 

 

AN : Vous êtes triste de ne pas bénéficier d'un meilleur soutien du monde musulman mais surtout du monde turcique, est-ce correct ?

DR : Oui, en effet, le manque d'une solidarité à la hauteur de nos liens nous fait mal. Vous savez, on est souvent plus vexé par les gens sur qui on compte le plus. Et dans ce sens, nous comptons sur la Turquie et la communauté turque mais aussi musulmane du monde pour nous apporter le soutien nécessaire à la survie de notre peuple. Malheureusement, ce n’est pas le cas, notamment des instances officielles ou gouvernementales de ces pays. Cependant, on voit un début de réveil des citoyens ordinaires, ce n’est pas trop tôt après trois ans de politique génocidaire contre les Ouïghours, mais ce n’est pas trop tard non plus. Le réveil des citoyens est important.

Savez-vous que la grande majorité des détenus ouïghours le sont pour des raisons de liens avec la Turquie ?

À partir des années 2000, les Ouïghours ont beaucoup commercé avec la Turquie, voyagé en Turquie. Istanbul était la première destination des Ouïghours depuis qu’ils ont massivement obtenu un passeport. De nombreux Ouïghours, tels qu'un de mes cousins, ont investi en Turquie, fait du commerce avec la Turquie, importé des produits turcs. Les produits turcs étaient très prisés en Région ouïghoure, mais si vous regardez bien, vous verrez que ces produits n'étaient pas consommés par les Chinois mais bien par les Ouïghours. Tout ce que nous consommions était ouïghour ou turc, et majoritairement importé de Turquie. Ces Ouïghours qui ont importé des produits turcs, qui ont ouvert des restaurants turcs, qui ont enseigné le turc, qui ont voyagé ou étudié en Turquie, qui ont porté de vêtements imprimés d’un drapeau turc … sont tous arrêtés. Ce qui explique ma colère envers Ülker, par exemple.

Quand en 2014, le président turc Recep Tayyip Erdogan est venu dans la région pour une visite d’État, de nombreuses personnes étaient là pour l'accueillir et le saluer. Toutes ces personnes qui ont été filmées ce jour-là à exprimer une quelconque forme de soutien à la Turquie ou à Erdogan, aujourd'hui elles sont toutes disparues.

 

AN : Pour pouvoir faire mieux entendre les sirènes d'alerte de la communauté ouïghoure, vous avez fondé l'Institut Ouïghour d'Europe, de quoi s'agit-il ?

DR : Les Ouïghours en France sont pour la plupart venus début des années 2000 pour des études supérieures, souvent après leur bac passé au pays. Avec quelques autres étudiants, nous avons créé en 2009 l’association des étudiants ouïghours de France, car c’était la seule façon de rassembler la force des jeunes ouïghours afin de pouvoir mener des activités collectives en faveur des Ouïghours, peuple totalement inconnu jusqu’à là aux Français. Pendant 10 ans, dans le cadre de cette association étudiante, nous avons mené des festivals de la culture ouïghoure et de colloques sur les études ouïghoures dans le milieu universitaire français. Depuis 2013, nous éditons également la seule revue en Occident sur les études ouïghoures Regard sur les Ouïghour-e-s, une revue bilingue franco-ouïghoure, disponible dans une dizaine d’universités françaises.

Depuis ces dernières années, presque tous les étudiants ouïghours ont terminé leurs études, ils travaillent dans de diverses sociétés françaises ou ont leur propres sociétés, beaucoup ont formé une famille avec des enfants qui sont nés ici. L’association étudiante n’a plus raison de durer et la situation ouïghoure depuis ces dernières années, nous pousse à élargir nos activités dans la diaspora. Pendant 10 ans, la France est devenue le noyau européen pour les activités universitaires et culturelles de la diaspora. C’est pourquoi nous avons décidé de transformer l’association étudiante en Institut Ouïghour d’Europe. Ainsi, depuis trois ans, nous avons ouvert une « école ouïghoure du weekend » pour les enfants ouïghours nés à Paris afin de leur permettre d’apprendre leur langue maternelle. Pour nos activités de formations pour les enfants et les adultes (de langues mais aussi de la culture ouïghoure), nos conférences, la maison d’édition que nous comptons ouvrir, la bibliothèque où il y aura des livres dans toutes les langues sur les Ouïghours mais aussi sur l’Asie centrale et le monde turc, un Chayhane typiquement centrasiatique qui nous permettra de payer le loyer…nous avons besoin d’un local à Paris. C’est pourquoi nous avons lancé une campagne de collecte de fonds afin d’appeler toute personne sensible à la sauvegarde de la langue et de la culture ouïghoure.

Nombreux nous ont demandé de quelle manière ils peuvent faire quelque chose à leur échelle individuelle. Voici l’occasion pour toutes ces personnes qui veulent faire quelque chose de réelle, participer à notre campagne et ainsi contribuer à l’ouverture d’un premier Institut Ouïghour en Occident.

 

 

 

Entretien téléphonique avec Dilnur Reyhan pour actualite-news.com et Radio Made in Turkey (Radio MIT)

Présidente fondatrice de l'Institut Ouïghour d'Europe

 

Dilnur Reyhan est enseignante à Institut national des Langues et Civilisations orientales (INALCO), présidente de l’Institut ouïgour d’Europe, directrice de publication de la revue franco-ouïghoure « Regard sur les Ouïgour-e-s ».